The cure for boredom is curiosity. There is no cure for curiosity

mardi 4 mars 2008

Le baiser



Comme la fois où j'ai écrit un post sur le malentendu : plusieurs personnes se sont crues responsables de mes doutes actuels. Qu'ils se rassurent. Plus que 3 semaines avant le printemps, je dois faire partie des gens qui s'écroulent d'épuisement juste avant la ligne d'arrivée! Mais en petite warrior de la vie que je suis, je me prends par la main et finis le parcours en rampant s'il le faut, j'ai déjà commencé à retrousser mes manches!
Ça me rappelle l'anecdote à propos de la photo de Doisneau le baiser : de nombreux couples s'étaient reconnus dans les deux protagonistes qui étaient en fait des comédiens (désolée de décevoir ceux qui croyaient que le photographe ne faisait que saisir des moments spontanés).

On fait souvent l'erreur de mettre son énergie dans la fuite du malheur plutôt que dans la construction du bonheur. La peur de souffrir amène souvent à des sacrifices plus graves encore que les inévitables blessures : vivre c'est prendre des risques.
Par exemple, alors même que nos vies ne sont pas menacées (je ne parle donc pas d'une situation de survie), les notions de sécurité et de confort continuent de prendre le pas sur des notions plus fondamentales : la liberté et l'épanouissement. On croit que la priorité est de se mettre à l'abri à l'excès, alors que la recherche que constituent nos vies doit être une connaissance de soi et une rencontre avec l'autre, qui sont des quêtes dangereuses et douloureuses mais ô combien gratifiantes!
Forcément on se fait mal, parce qu'on agit sans véritable connaissance des conséquences, on tâtonne, on nage en plein inconnu. Nos points d'ancrage sont des individus qui, aussi solides semblassent-ils, n'en demeurent qu'humains et donc faillibles.
Voilà toute la source de mes interrogations actuelles : comment être équilibrée dans ce monde impermanent, fait de relations instables, à renouveler éternellement?
Les phases de confusion sont inévitables et font partie du processus de construction. J'espère ne pas me tromper quand je déduis que les phases les plus désagréables à vivre sont aussi les plus constructives.
Je sens un féroce appétit de vivre derrière mon petit apitoiement. Si je devais faire intervenir la philosophie, j'évoquerais le conatus de Spinoza : ce désir de vivre, cette persévérance dans l'être, instinctive, que Nietzsche appelle volonté de puissance (qui n'a absolument rien à voir avec la notion de domination).

Nous donnons l'impulsion, ordonnons une direction par nos actes tout en ne sachant pas globalement ce que nous construisons. C'est cette inconnue-là qui est douloureuse à tous ceux qui s'interrogent. Faudrait-il alors cesser de questionner une situation dont le sens ne se découvre qu'à la fin? C'est la solution des pragmatiques. Je ne suis pas de ceux-là : je crois effectivement l'action fondamentale mais il m'a toujours paru dangereux qu'elle ne soit pas accompagnée d'une réflexion, parce qu'à ce rythme on ne se soucie que des résultats et on en arrive à une déclaration immorale : "tous les moyens sont bons".

Je souhaite revenir bientôt à une thématique légère dans laquelle mon esprit pourra savourer le soulagement de l'apesanteur. C'est la détente que m'apporte entre autre mon intérêt pour l'art et toute forme d'expression (catégorie dans laquelle entre la mode, par la petite porte).

Et pour vous, le pragmatisme (théorie qui met l'action et les résultats pratiques au-delà de toute autre chose) vous paraît-il un bon fonctionnement? Et pensez-vous qu'on puisse trouver un équilibre dans un monde instable?

14 commentaires:

Nicolas a dit…

Tu évoques la nécessité d'entrouvrir notre système de protection pour entrer en relation. Je suis bien d'accord. On devrait concevoir notre solidité comme venant davantage de l'intérieur. Avoir plutôt une colonne vertébrale solide plutôt qu'une armure hermétique. Et accepter de risquer quelque blessure, chose quasiment inévitable lorsqu'on essaie de vivre vraiment.
Et, de même, chercher moins la stabilité à l'extérieur (chez les autres, dans notre vie professionnelle, etc.) qu'en nous, grâce à une connaissance de ce que nous sommes et de ce que nous désirons vraiment.
Qui suis-je ?
Qu'est-ce que j'attends de la vie ?
A bientôt

Cybèle a dit…

je retrouve ton blog avec trois billets de retard... alors en vrac : je pense comme toi que les périodes les plus constructives ne sont généralement pas les plus agréables, cependant bémol accordé par ce poste : les moments où l'on se renforce sont aussi ceux où l'on réalise que la vie peut être sereine, ce qui permet une plus grande stabilité intérieure, qui elle même amène à plus de sérénité sans pour autant bloquer les émotions.
en bref comme toujours on en revient à cette notion d'équilibre qui mérite plus que des ouvrages entiers, cet équilibre qu'on cherche sans cesse, et en bonne optimiste je me dis que quand la balance penche un peu trop c'est pour mieux nous apprendre à nous recentrer.

diane a dit…

pour trouver un équilibre dans ce monde instable, il faut trouver un pilier? (facile à dire, hein) :)
j'ai l'impression que cette période de l'année (entre hiver et printemps) est propice au doute...
(cette année, pour une fois, ça ne m'arrive pas, pas le temps de réfléchir, trop de choses à faire...)

frieda l'écuyère a dit…

Fuir le bonheur de peur qu'il se sauve ?

Anne-onyme a dit…

Je ne sais trop si je suis convaincue par les approches pragmatiques, mais ce qui est certain c’est que mon quotidien m’en donne de nombreux exemples. De l’expérience la plus personnelle, la rupture d’une amitié qu’on pensait précisément échapper aux contingences, à la plus universelle comme la realpolitik mondiale qui préside à nos avenirs, tout semble nous démontrer que nos vies sont assujetties au pragmatisme et à l’impermanence. C’est, je pense, cette sensation d’impermanence qui met à mal nos morales personnelles (le fameux « tous les moyens sont bons »). C'est un effort de tous les jours que de s’astreindre à continuer à penser, à se fixer des « valeurs », des idéaux, qui bien que soumis aux fluctuances du réel nous garantissent une forme de stabilité et d’équilibre contre un relativisme absolu. Je crois qu’on est davantage balloté par un monde instable quand on prend ce monde comme allant de soi que quand on le remet en question. J’ai l’impression qu’interroger, m’interroger, affronter mes paradoxes est au fond ma seule garantie d’équilibre... et puis souvent la société me met en colère et on se sent éminemment vivant quand on est en colère...

CECILE a dit…

J'aime beaucoup ce billet !

Et ta phrase "On fait souvent l'erreur de mettre son énergie dans la fuite du malheur plutôt que dans la construction du bonheur" est si juste que ça fait peur ;)

Sasha a dit…

Quelles interrogations de si bon matin. A cette heure indue, j'étais au fond e mon lit, en plein rêve.
Pour ma part, je pense que le pragmatisme est une chose mais que beaucoup tendent à le confondre avec le fatalisme, ce qui ne les rend pas plus heureux. En revanche, une bonne façon - à mon sens - de mieux appréhender notre monde ultra-consumériste perpétuellement instatisfait est de s'isoler, de prendre du recul, de se poser les (quelques) bonnes questions, à savoir: qu'est-ce qui me rend heureux(se) où que je sois, quels sont les éléments donc je ne epux me passer, et ceux qui, somme toute, me paraissent indispensables mais ne sont au final qu'un caprice de plus.
Ca permet de relativiser dans le smoments difficiles, ceux-là même qui, dès qu'on va mieux, nous font apprécier notre bonheur nouveau en puissance 10.

MissNardj a dit…

haut les coeurs grenadine ! très joli billet ! bises

grenadine a dit…

nicolas : je suis d'accord sur la colonne vertébrale solide plutôt qu'une armure hermétique.

cybèle : très juste : c'est un apprentissage nécessaire de savoir se recentrer.

diane : un pilier, oui, mais si tu parles d'humain, il n'y en a pas d'assez solides pour assurer la stabilité à notre place!

frieda : c'est un peu comme quitter avant de se faire quitter!

anne : oui, on se sent éminemment vivant quand on est en colère!

cécile : je suis contente que ça fasse écho chez toi.

sasha : c'est tout à fait vrai que ces moments durs nous font apprécier notre bonheur nouveau puissance 10.

missnardj : merci!

waid a dit…

venu par le blog de nicolas moi qui suis d'une catégorie plus légère , je vois que partout la question est posée.

et si le secret était tout simplement la recherche de la sérénité , certains le feront dans l'ascèse , d'autres dans la recherche du sens,d'autres dans l'expérience pour ne pas avoir de regrets.

quelque soit le chemin , le but me semble , vivre et être serein de le vivre. c'est un vieux monsieur rescapé de l'horreur et dont le sourire et la joie font mon admiration qui m'a transmis le secret , maintenant reste à l'appliquer.

bien jolie blog qui reconcilie la légereté de la mode avec la profondeur de certaines questions.

un égaré

grenadine a dit…

waid : tout ce que tu dis est très juste!

ardence a dit…

que l bon texte! tu décris, expliques et argumentes ce que bon nombre d'entre nous vivons, cette inconsistance permanente, générale qui pourtant en effet semble aussi nous construire à condition of course qu'elle soit accompagnée d'une reflexion ou en tout cas d'une bonne digestion :)

grenadine a dit…

ardence : je suis contente que ce post fasse écho à ce que tu penses.

yespromdresses a dit…

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